Parler de la mort d’un proche à un enfant

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Des mots simples, l’expression des émotions de l’adulte et surtout la vérité aideront l’enfant à apprivoiser la mort d’un père, d’une mère, d’un frère ou d’une soeur, d’un grand-parent, d’un parrain ou d’une marraine aimant(e) ou même d’un animal familier.

Les choses à ne pas dire

Attention aux explications qui, voulant protéger, engendrent des conflits internes et des peurs difficiles à gérer. “Papa est parti pour un très long voyage” fera probablement craindre tout éloignement et n’importe quel déplacement. “Grand-maman s’est endormie” peut générer de la panique à l’heure du dodo. “Maman est partie au ciel” a donné à plus d’un enfant l’envie de s’envoler à son tour.

Plusieurs enfants qui ont été “protégés” de la mort d’un proche sont demeurés traumatisés à vie par ce décès qui a modifié leur croyance de base qui veut que la vie puisse être belle et satisfaisante. Ils intègrent que chaque personne aimée peut disparaître à tout moment, laissant derrière elle un immense sentiment d’incompréhension, d’abandon et d’impuissance. Personne ne souhaite que son enfant traîne un aussi lourd fardeau.

Aborder le sujet

Si, d’instinct, vous avez d’abord communiqué à l’enfant une version adoucie du décès, ne vous en voulez pas. Prenez le temps de faire le point avec lui et dites-lui comment ça s’est passé.

Expliquez-lui que la mort fait partie de la vie en utilisant des exemples dont il a déjà été conscient; la mort de son hamster ou de son poisson rouge, par exemple. Rassurez-le. Dites-lui que vous ne le quitterez pas, car vous êtes en bonne santé et que le chagrin que vous ressentez tous les deux ne durera pas toujours et que la personne aimée vivra à jamais dans votre coeur. Si vous ne trouvez pas les bons mots, laissez-vous guider par ses questions. Certains enfants en ont des centaines et d’autres vont préférer aller jouer pour encaisser le coup à leur rythme. Cela ne signifie pas qu’ils n’aient pas compris ou qu’ils soient indifférents. Ils ont seulement besoin d’un peu de temps. 

Chaque deuil est unique

Il est bon de savoir que les jeunes enfants interprètent les choses en fonction d’eux-mêmes. Ainsi, il n’est pas rare que l’enfant se sente coupable de la mort d’un proche. Il a l’impression d’avoir été la cause de sa grande fatigue ou de sa maladie. L’adulte doit donc bien lui dire qu’il n’est en rien responsable de ce qui est arrivé. Il peut être bon de le lui répéter, chaque fois que l’enfant se replie sur lui-même ou se croit méchant. Il s’agit d’une réaction normale dans une situation anormale. Il est absolument nécessaire d’accompagner ce sentiment avec bienveillance.

Après le décès d’un proche, accompagner l’enfant signifie également d’accueillir ses émotions dans des moments où on ne les attend pas. Au milieu d’une fête, au cours d’une activité agréable, ou encore en faisant ses devoirs, il est possible que l’absence soit plus difficile à porter. Même des années plus tard, l’enfant devenu grand peut exprimer du chagrin. Cela ne signifie pas qu’il n’ait pas bien intégré le deuil. Cela exprime simplement que certains êtres sont irremplaçables.

Quand il est sage de s’inquiéter

Si vous observez des signes tels que des cauchemars récurrents, une perte d’intérêt pour des activités aimées, des crises de colère inexplicables, une baisse significative du rendement scolaire ou encore l’habitude de s’isoler des autres, il est fortement recommandé de consulter un professionnel. Il existe également des groupes et des activités de soutien spécialement conçus pour aider le deuil des enfants, comme le Camp Érin à Montréal.

Se montrer fort n’est pas toujours la meilleure solution

Bien des adultes croient que cacher leurs émotions et se montrer forts pour les enfants est un moyen d’assurer leur équilibre. Faire un effort pour maintenir une routine sécurisante, être présent, jouer avec eux et reproduire des petits gestes que faisait l’autre sont sans aucun doute des gestes importants.

Cacher son chagrin et faire semblant que tout est normal est, tout au contraire, porteur de confusion chez l’enfant. S’effondrer totalement en sa présence provoque chez lui la peur de vous perdre aussi, mais vous montrer fort en toute circonstance ne sera pas d’une grande aide non plus. Regardez ensemble des photos, pleurez, racontez à volonté des moments heureux vécus ensemble, allez vous recueillir sur le lieu de sépulture, peut apporter une certaine sérénité même si les émotions sont vives.

Réapprendre à vivre 

Pour finir, rappelez-vous à vous-même et à vos enfants qu’un être humain n’est pas ses émotions. Les émotions vont et viennent et les accueillir sans les retenir est une condition pour rester en bonne santé mentale.

De plus, l’être aimé disparu aurait sans doute souhaité voir ses enfants s’épanouir et être heureux. Ressentir de la joie n’est pas une trahison, car c’est bien la réalisation du souhait le plus cher de tous les parents du monde, qu’ils soient vivants ou non.

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