Qui dit vrai à propos de la dispersion des cendres?

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Maintenant que la pratique de la crémation est presque devenue la norme – plus de 70% des gens au Québec choisissent la crémation– bien des informations contradictoires circulent. Plusieurs conseillers en préarrangements funéraires et même des directeurs de funérailles des grandes entreprises reconnues continuent d’affirmer, par intérêt ou par ignorance, qu’il est illégal de disperser les cendres humaines au Québec.

Il faut dire que l’Église et la Corporation des thanatologues ont longtemps résisté à la déréglementation de la destination des cendres afin de garder les gens dans les cimetières et les columbariums. Le bon sens a été le plus fort : il était impossible pour l’État d’exercer un réel contrôle à ce chapitre. Il valait donc mieux permettre, sous certaines conditions.

La Loi sur les activités funéraires

La loi 66 votée le 17 février 2016 prévoit que le lieu d’inhumation ou de dispersion des cendres devra être consigné dans un registre des activités funéraires tenu par l’entreprise avec laquelle les proches de la personne décédée ont fait affaire.

L’article 71 qui stipule que « nul ne peut disperser des cendres humaines à un endroit où elles pourraient constituer une nuisance ou d’une manière qui ne respecte pas la dignité de la personne décédée » laisse une grande liberté de décision à la famille.

Enfin, l’article 72 précise que « la personne qui inhume des cendres humaines ou qui les disperse doit déclarer à l’entreprise de services funéraires ayant pris en charge le cadavre, le lieu où ont été inhumées ou dispersées ces cendres, pour inscription au registre des activités funéraires de cette entreprise ».

http://www4.gouv.qc.ca/fr/Portail/citoyens/programme-service/Pages/Info.aspx?sqctype=sujet&sqcid=74

https://www.tvanouvelles.ca/2017/11/26/lindustrie-funeraire-se-reinvente

Le lieu du dernier repos

Le lieu du dernier repos, c’est important. Au fond du cœur de chaque personne, qu’elle soit croyante ou non, se cache un souhait d’éternité. Dans toutes les civilisations du monde, même les plus archaïques, les humains ont accordé une grande valeur au lieu et à la façon de donner une sépulture aux membres de leur communauté. Nous sommes dans un tournant de l’Histoire qui nous invite à devenir plus créatifs et plus à l’écoute de ce que nous voulons vraiment.

Pour beaucoup de gens, aller dormir dans le lot familial auprès de leurs parents et de leurs frères et sœurs a encore beaucoup de sens. Pour d’autres, c’est de se retrouver dans une niche, vitrée ou non, dans un columbarium pour ne jamais se retrouver six pieds sous terre. Cette pensée à elle seule parle très clairement de la notion d’éternité mentionnée plus haut. De plus, cette façon de faire assure à la famille de connaître le lieu où aller honorer leur être cher disparu.

Maintenant, de plus en plus de gens souhaitent toute autre chose. C’est pourquoi le législateur a prévu des dispositions de la Loi pour que, même dans les cas de dispersion, la famille conserve un point de repère. Ainsi, le fait de remettre les cendres en entier à une seule personne qui en devient responsable et qui doit aviser l’entreprise funéraire du lieu de dispersion permet aux autres membres de la famille d’obtenir l’information nécessaire pour aller se recueillir dans un endroit spécifique.

Idéalement, les données GPS de ce lieu devraient être connues et consignées par écrit au registre tenu par l’entreprise funéraire. Si ces données n’ont pas été enregistrées, la description des lieux, l’adresse civique ou un repère visuel peuvent être acceptables.

Des rêves réalisables

Que ce soit au moment du décès d’un proche ou autour de la table, un soir de novembre, les gens expriment des souhaits quant à leur lieu de sépulture, même s’ils ignorent encore que ces rêves peuvent devenir réalité. Voici quelques exemples glanés dans le bureau d’un conseiller en préarrangements funéraires :

  • « Planter un arbre sur mes cendres, ça m’interpelle. »
  • « Je voudrais continuer à voyager : mettez mes cendres sur le Fleuve pour que je rejoigne l’océan. »
  • « Je ne serais pas vraiment mort si mes cendres étaient dispersées dans le bois près du chalet que j’ai tant aimé. »
  • « J’ai toujours rêvé de passer ma vie dans le Sud : dispersez mes cendres dans la mer des Caraïbes. »
  • « Je n’ai pas eu la chance de grimper le Kilimandjaro : apportez mes cendres au sommet. »
  • « Je voudrais qu’une petite partie de moi soit apportée dans tous les endroits où j’ai vécu, et il y en a beaucoup! »
  • « Je serais tellement honoré que l’on peigne un tableau avec mes cendres. »
  • « Je veux rester chez moi : enterrez mes cendres dans le jardin, en arrière de la maison. »

Comment les cendres peuvent-elles devenir une nuisance?

Disperser les cendres dans un parc ou dans un sentier forestier n’est pas une bonne idée. Imaginez que vous passiez, par un jour de grand vent, et que vous receviez les cendres de mon oncle Hector dans le visage et sur vos vêtements. Bien mauvaise expérience…

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Pour les cours d’eau, c’est la même chose : quelqu’un est allé au bout du quai pour vider l’urne de son ex dans le lac et vos enfants reviennent de leur baignade avec des cendres collées dans les cheveux, car elles flottaient à la surface. Ouach!

De plus, comme les cendres sont principalement constituées de calcaire et de carbone, elles sont particulièrement abrasives. Une bonne rafale et la voiture stationnée proche pourrait avoir perdu un peu de son lustre.

Donc, à retenir : les cendres doivent être répandues en petites quantités à la fois loin des sentiers et des endroits de villégiature ou de camping, ou encore mise à l’abri sous les feuilles mortes. Encore mieux : on les dépose dans un trou peu profond que l’on referme avec une belle pierre. Cela les empêchera d’être emportées par le vent et vous fournira un repère fiable pour les retrouver au fil de vos promenades.

Si on veut les immerger, il faut aller à cent mètres des berges ou utiliser un dispositif spécial qui leur permettra de se rendre au fond de l’eau, au lieu de flotter à la surface. Il existe des urnes de papier biologique ou de sel qui sont faites spécialement pour convenir à cet usage. Les jeter librement à partir d’un bateau commercial n’est pas à conseiller! Tous les passagers pourraient en être incommodés et la personne fautive sujette à recevoir une amende.

Autre cas de nuisance : une urne permanente enterrée dans la cour arrière. Les futurs propriétaires de la maison devront en être avisés, ce qui peut, on s’en doute, créer un certain malaise…. Et s’ils la découvraient par hasard, ils seraient en droit de vous poursuivre pour vice caché. Utilisez un contenant biodégradable! Il en existe en terre non cuite, en gélatine, en sel, en papier, et même en glace. Belles à voir au moment de la cérémonie, elles ont en commun de disparaître complètement au bout d’un certain temps pour laisser les cendres se mêler à la terre et devenir indétectables.

Bien faire les choses

Le moment de disperser les cendres pose un jalon dans le processus du deuil. Une excellente raison de l’organiser pour qu’il soit beau, paisible et significatif. Que l’on soit seul ou accompagné des membres de la famille immédiate, c’est le temps de poser des gestes particuliers qui resteront gravés dans la mémoire. Soyez créatifs!

Consultez l'article Différentes façons originales de disposer des cendres